notions shu-ha-ri

Shu-Ha-Ri

par Sylvie Alexandre

Formatrice en logique émotionnelle et convaincue de l’apport précieux de ce concept pour tout apprentissage, elle a entrepris des recherches, à commencer par l’article de Michael Thompson paru dans les Dialogues sur le corps publiés en mai 1986. Elle a continué ses investigations sur le net, et a fait une synthèse de mes enseignements et de sa compréhension !!
 
Prenez plaisir à la lire et découvrez comment elle va arriver à sa scène de « Ha ~ Ri » à Keiko !

 Shu Ha Ri sont trois kanji qui décrivent le cycle idéal de progression d’un étudiant.

Shu-Ha-Ri est un concept issu des arts martiaux japonais (aikido, judo, karaté…) qui décrit les 3 étapes de l’apprentissage, et notamment l’étude des katas. L’application de Shu Ha Ri ne se limite pas à l’étude d’un art martial ou d’une voie, mais peut aussi servir de modèle pour tout type d’apprentissage. Il est parfois appliqué à d’autres disciplines comme le jeu de go, l’apprentissage (la musique, la calligraphie, toutes les activités et support de formation) et aux situations professionnelles (conception de projets, nouvelles méthodes de travail, méthodes et pratiques de conception, modélisation de processus métier). Ce concept a été notamment, appliqué dans le cadre de l’approche Lean chez Toyota (« The Toyota Way to Lean Leadership: Achieving and Sustaining Excellence through Leadership Development », Jeffrey Liker, Gary L. Convis).

 

Le « Shu Ha Ri » est constitué de 3 étapes par lesquelles un novice doit passer pour acquérir une compétence ou maîtriser une technique :

SHU : Suivre l’exemple, les règles (aussi pour les conserver et les protéger). Apprendre, imiter.

Dans les arts martiaux protéger, obéir -sagesse traditionnelle- apprendre les fondamentaux. Pendant la phase Shu, l’étudiant construit la base technique de l’art.

Dans Shu, l’étudiant apprend les fondamentaux en suivant les règles édictées par le maître, copie les techniques telles qu’elles ont été enseignées sans modification, et sans toutefois essayer de faire un effort pour comprendre la logique des techniques de l’école ou de l’enseignant. De cette manière, une base technique durable est construite et fonde la compréhension profonde de l’art. « Le disciple se doit de suivre aveuglément l’enseignement de son Maître« . Dans cette phase Shu, l’étudiant n’est pas encore prêt à explorer différentes voies. Suivre les ordres du Sensei, la tradition, la base, le formel, le kata.

Pour atteindre le plus efficacement l’objectif d’une base technique solide, Shu indique une route unique. Mélanger avec d’autres écoles, avant de comprendre ce que vous êtes vraiment en train d’apprendre, est le meilleur moyen de faire fausse route , un chemin où les techniques développées n’auront alors pas de valeur, ni théorique ni pratique.

On se concentre sur la tâche qu’on a à réaliser pour être en mesure de copier la technique. S’il existe plusieurs façons de faire, on se concentre uniquement sur l’une d’entre elles.

HA : Comprendre les règles. Assimiler, se détacher, digresser, franchir les limites.

Dans les arts martiaux, casser avec la tradition – trouver les exceptions à la sagesse traditionnelle- trouver de nouvelles approches.

Au stade Ha, l’étudiant doit réfléchir à la signification et au but de tout ce qu’il a appris et arriver ainsi à une compréhension plus profonde de l’art que ne le permet une pratique répétitive pure. À ce stade, puisque chaque technique est complètement apprise et absorbée dans la mémoire musculaire, l’étudiant est prêt à concevoir le contexte qui a fondé ces techniques. « Le pratiquant peut à ce stade, prendre une grande liberté sur les formes apprises, connues ».

Ayant maîtrisé les fondamentaux, le disciple applique les règles en les questionnant, en comprenant leurs subtilités et en cherchant les exceptions . On comprend ce qui se cache derrière la technique, on peut faire le lien avec d’autres pratiques et voir les limites de l’une ou l’autre.

Dans les universités, le stade Ha peut être comparé à l’étape où l’étudiant a suffisamment d’informations de base disponibles pour commencer ses propres recherches .

RI : Se détacher des règles, être fluide. Adapter, créer, innover.

Dans les arts martiaux, quitter, se séparer, transcender. Aller au-delà de la technique ou de la sagesse traditionnelle, mouvements fluides et libres, comme en calligraphie.

Le disciple ayant maîtrisé les règles, il peut les transcender et les adapter. A ce stade, l’étudiant n’est plus un étudiant au sens normal, mais un praticien. Le praticien doit penser de façon originale et développer à partir des connaissances fondamentales de nouvelles pensées sur l’art, et les tester avec la réalité de ses propres savoirs, expériences et conclusions ainsi qu’avec les exigences de la vie quotidienne. « Le pratiquant est désormais libre de ses choix et des ses orientations car il est devenu son propre guide ».

On s’approprie la forme et sa signification. Comme quand on a digéré la nourriture, elle devient notre corps. Les techniques sont intégrées, utilisées de manière appropriées, ajustées aux contextes, parfois même modifiées.

Cette étape doit venir de façon naturelle, comme un enfant s’en va après l’adolescence. Mais si vous quittez votre maitre trop tôt, votre technique devient superficielle. Et si vous partez trop tard, votre personnalité est tuée par celle du maitre.

Il est habituel de penser que quand on est à Ri on peut se séparer de son sensei. Mais on revient au point de départ pour un nouveau cycle à partir de Shu, pour aller plus loin. Comme un chanteur ou un musicien revient toujours aux gammes pour progresser.

Au stade Ri, l’art devient véritablement le propre du praticien et, dans une certaine mesure, sa propre création. Cette étape est similaire dans le milieu universitaire au niveau doctorat.

Complément

From Ron Fox, in THE IAIDO NEWSLETTER Volume 7 FEB 1995 (site : aikidofaq.com)

Maintenant, je voudrais donner quelques-unes de mes propres pensées au sujet de Shu Ha Ri. En particulier le rôle de Shu Ha Ri dans un environnement d’apprentissage qui n’est pas idéal. Puisque les circonstances diffèrent d’une personne à l’autre et que la disponibilité d’instructeurs dans certains des arts martiaux les plus rares diffère également, je ne prétends pas que tout ce que je dis est universellement applicable. Cependant, il y a des idées qui, selon moi, peuvent être utiles aux élèves qui pratiquent dans des circonstances où ils sont isolés d’instructeurs qualifiés.

Il y a trois choses que l’élève « solitaire » doit aborder. Celles-ci sont :

  1. Comment gérer l’étape Shu s’il manque d’instructeurs qualifiés à copier ;
  2. Comment gérer la progression de Shu à Ha puis à Ri sans l’aide d’un instructeur ;
  3. Comment juger de ses progrès et de l’exactitude de sa pratique.

La clé pour gérer la phase Shu est de trouver un bon instructeur et de lui rendre visite le plus souvent possible. A partir de là, vous devez construire, le plus rapidement possible, une image mentale de chaque technique que vous essayez d’apprendre. Tout au long de votre propre pratique, vous devez continuellement et honnêtement comparer vos propres actions à votre modèle mental. Il n’y aura pas de Sensei à portée de main pour vous dire ce que vous faites incorrectement, vous devez donc être votre propre instructeur et y aller lentement et prudemment.

Chaque fois que vous visitez votre instructeur, examinez une fois encore votre modèle mental par rapport à ce que votre instructeur fait. Petit à petit affinez votre modèle mental, et utilisez-le pour affiner ce que vous faites vous-même. Reconnaissez que vous progressez lentement, mais l’auto-examen et l’observation attentive sont les seuls outils dont vous disposez à ce stade. Lorsque vous visitez votre instructeur éloigné, écoutez tout ce qu’il a à dire. Ne supposez pas que les corrections qu’il pourrait donner à d’autres ne vous concernent pas ou ne s’appliqueront pas à vous plus tard. Examinez vos propres mouvements quand l’instructeur corrige et travaillez pour vous améliorer.

Enfin, ne soyez pas pressé. Vous progresserez peut-être à un rythme moins rapide que vous ne l’aimeriez, mais ne brusquez pas le processus. Ne sautez pas trop vite dans la pratique libre, passez du temps sur les techniques de bases et faites en sorte que vos mouvements correspondent au modèle de votre instructeur.

La transition de Shu à Ha puis à Ri est extrêmement difficile sans contact quasi quotidien avec un instructeur. Dans le modèle classique de Shu Ha Ri, nous avons vu que cette transition est gérée par l’instructeur. L’instructeur sait à quel moment l’étudiant est prêt à passer à l’étape suivante en raison de sa plus grande expérience dans l’art et dans la progression de la formation des étudiants. L’étudiant « solitaire » n’a cependant pas l’avantage de ce conseil et doit gérer lui-même le moment de cette transition.

Ce fait m’a conduit à une vision plutôt plus cyclique de Shu Ha Ri que la progression linéaire classique. Comme vous apprenez une technique, et qu’en même temps vous la rapprochez de votre modèle mental de la technique et que vous voyez les autres pratiquants, vous pouvez commencer à raisonner sur la technique. Il semble que les questions importantes à poser sont :

  1. Comment cette technique fonctionne-t-elle?
  2. Pourquoi cette technique fonctionne-t-elle?
  3. Comment cette technique est-elle liée aux autres techniques que je pratique?
  4. Quelles sont les conditions préalables et post-conditions nécessaires pour appliquer efficacement cette technique dans une situation combative ?

Il ne suffit pas d’accepter simplement vos propres réponses à ces questions. Vous devez tester l’exactitude de vos conclusions en utilisant tous les moyens dont votre art dispose. Si votre art inclut le concept de pratique libre, alors vous devez rechercher des occasions d’essayer votre compréhension dans la pratique libre avec d’autres pratiquants.

Au fur et à mesure que vous développez un répertoire raisonnable de techniques que vous pouvez exécuter correctement, vous devrez vous exposer à un éventail de praticiens aussi large que possible. Lorsque vous regardez les autres, vous devez poser et répondre à au moins trois questions:

  1. Quels autres pratiquants est-ce que je respecte et admire?
  2. En quoi ce qu’ils font est-il différent de ce que je fais?
  3. Comment puis-je changer ma pratique (à la fois le modèle mental et les tentatives pour y correspondre) pour incorporer les différences que je pense être les plus importantes ?

Cette phase est une combinaison des idéaux de Ha et Ri. Votre questionnement constant, les tests et l’incorporation des résultats de vos conclusions mèneront peu à peu à une compréhension plus profonde de votre art. Les trois dernières questions symbolisent dans une certaine mesure la clôture du cycle. Les deux premières questions sont définitivement du territoire de Ha. La dernière vous demande de modifier votre entraînement au-delà de ce que vous avez reçu de vos instructeurs et fait partie du concept de Ri. Cependant dans l’application, la réponse inclut des éléments de Shu et Ha aussi puisque vous devrez revenir au début dès que vous commencez à essayer de changer votre pratique.

L’étudiant « solitaire » dispose de méthodes qui peuvent être utilisées pour juger des progrès. Votre pratique ressemble-t-elle à celle des instructeurs et pratiquants que vous admirez ? Estes- vous capable de garder votre calme et de faire vos techniques efficacement avec un état d’esprit sans hâte ? La pratique libre avec les autres est une autre façon de tester votre compréhension. Le but de la pratique libre est d’essayer différentes méthodes et techniques afin de tester vos idées sur la façon de pratiquer l’art efficacement. Tout au long, vous devez honnêtement évaluer les résultats de chaque « test ». Revenez à Shu par Ha, puis Ri.

En conclusion:

Shu Ha Ri dans l’interprétation classique est une séquence linéaire qui conduit l’élève avec des écarts minimes sur le chemin de l’apprentissage. L’élève progresse de l’imitation au raisonnement en passant par la création. Lorsqu’il est appliqué à l’élève sans instructeur, Shu Ha Ri devient un cycle en quatre étapes d’imitation, de raisonnement, de création et de test, puis retour à l’imitation.

Shu Ha Ri s’est développé en réponse à un besoin de construire une méthode d’apprentissage dans les arts martiaux où le seul test était le combat réel. Dans ces circonstances, les cycles ne pouvaient être tolérés car un test échoué laissait l’étudiant mutilé ou mort. Dans la pratique moderne des arts martiaux, où les instructeurs qualifiés ne sont pas toujours disponibles, la compétition, la pratique libre et d’autres formes de tests non mortels sont possibles. Cela conduit à une application fragmentaire plus cyclique de Shu Ha Ri comme un outil pour l’artiste «solitaire».

Références :

1. Kuroda, Ichitaro « Shu-Ha-Ri » Sempo Spring 1994 pp 9-10

2. McCarthy, Patrick « The World Within Karate & Kinjo Hiroshi » Journal of Asian Martial Arts. V. 3 No. 2 1994

3. Private conversations with Nakamura, L. Sensei Toronto, Spring 1994.

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